OCDE 492 ou 492B : quelle méthode choisir ?

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Deux lignes directrices, un seul chiffre d’écart, et le même modèle biologique : rien d’étonnant à ce que l’OCDE 492 et l’OCDE 492B soient régulièrement confondues. Pourtant, elles ne répondent pas à la même question, et se tromper de méthode coûte en général un second essai et plusieurs semaines de délai.

Cet article explique ce qui les sépare réellement, et donne une règle de décision applicable à votre produit.

Table des matières

Ce que les deux méthodes ont en commun

Les deux lignes directrices reposent sur le même principe biologique : un épithélium cornéen humain reconstitué (RhCE, Reconstructed human Cornea-like Epithelium). Il s’agit d’un tissu tridimensionnel obtenu à partir de cellules épithéliales cornéennes humaines, cultivées à l’interface air-liquide jusqu’à former une structure stratifiée qui reproduit la barrière cornéenne.

Dans les deux cas :

  • le produit est appliqué directement à la surface du tissu ;
  • l’atteinte tissulaire est évaluée par la mesure de la viabilité cellulaire au test MTT ;
  • aucun animal n’est utilisé — ni in vivo, ni sous forme de tissu prélevé, contrairement aux méthodes BCOP (cornées bovines) ou ICE (yeux de poulet) ;
  • les résultats alimentent la classification au titre du règlement CLP.

Jusque-là, tout les rapproche. La différence est ailleurs.

La différence fondamentale : la question posée

C’est le point à retenir avant tout le reste. Les deux méthodes ne cherchent pas à répondre à la même chose.

L’OCDE 492 pose une question fermée

Intitulée « méthode d’essai sur épithélium cornéen humain reconstitué pour l’identification des produits chimiques ne nécessitant pas de classification et d’étiquetage pour l’irritation oculaire ou les lésions oculaires graves », elle répond par oui ou par non à une seule question : ce produit peut-il être écarté de toute classification ?

  • Viabilité au-dessus du seuil → produit identifié comme sans classification. Le dossier est clos pour cet effet.
  • Viabilité au-dessous du seuil → le produit ne peut pas être écarté. Et c’est tout. La méthode ne dit pas s’il s’agit d’une simple irritation ou d’une lésion grave.

C’est ce qu’on appelle une méthode d’exclusion, utilisée dans une approche bottom-up. Un résultat négatif clôt le dossier ; un résultat positif l’ouvre.

L’OCDE 492B pose une question ouverte

Intitulée « méthode d’essai sur épithélium cornéen humain reconstitué pour l’identification des dangers oculaires », elle répond à : dans quelle catégorie de danger ce produit se situe-t-il ?

Ses trois réponses possibles couvrent l’intégralité des cas :

  • Catégorie 1 — lésions oculaires graves (H318) ;
  • Catégorie 2 — irritation oculaire (H319) ;
  • Sans classification.

C’est une méthode autonome : quel que soit le résultat, elle conclut.

Comment la 492B parvient-elle à discriminer ?

biodegradabilite, compostabilite

La réponse tient en trois mots : time-to-toxicity, ou « temps jusqu’à toxicité ».

L’OCDE 492 mesure la viabilité après une seule durée d’exposition. Elle obtient donc un point de mesure — suffisant pour dire « le tissu va bien », insuffisant pour caractériser la sévérité quand il va mal.

L’OCDE 492B expose le tissu pendant plusieurs durées croissantes et mesure la viabilité après chacune. L’intuition biologique est solide : un produit provoquant des lésions oculaires graves détruit le tissu vite, un simple irritant ne l’altère qu’après une exposition prolongée. C’est la cinétique de l’atteinte qui porte l’information de classification, pas seulement son amplitude finale.

Concrètement, le modèle validé (SkinEthic™ HCE TTT) prévoit deux protocoles :

  • liquides : trois expositions — 5 minutes sur produit pur, puis 16 et 120 minutes sur dilution à 20 % (m/v) ;
  • solides : deux expositions sur produit pur finement broyé — 30 et 120 minutes.

La combinaison des viabilités obtenues à chaque temps est ensuite lue dans un modèle de prédiction qui attribue la catégorie.

Le comparatif complet


OCDE 492
Objet Identifier les produits ne nécessitant pas de classification Identifier le danger oculaire
Question posée Peut-on écarter la classification ? Quelle catégorie de danger ?
Modèle tissulaire RhCE — EpiOcular™, SkinEthic™ HCE et autres modèles validés RhCE — SkinEthic™ HCE TTT
Temps d’exposition Un seul Plusieurs (2 ou 3 selon la forme)
Conclusions possibles Sans classification / indéterminé Cat. 1 / Cat. 2 / sans classification
Distingue Cat. 1 et Cat. 2 ? Non Oui
Méthode autonome ? Non — essai complémentaire si résultat positif Oui
Formes physiques Liquides, solides, semi-solides, cires Liquides, solides, semi-solides, cires
Adoption 2015 2022
Version en vigueur Juin 2025 Juin 2024

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Alors, laquelle choisir ?

La bonne méthode dépend de ce que vous savez déjà de votre produit et de ce que vous devez démontrer.

Choisissez l’OCDE 492 si…

  • vous avez de bonnes raisons de penser que votre produit est non irritant — historique de formulation proche, données existantes, ingrédients bien caractérisés ;
  • votre objectif est de confirmer rapidement une absence de classification ;
  • vous testez un grand nombre d’échantillons en criblage, où le coût unitaire prime ;
  • votre laboratoire ou votre dossier historique s’appuie déjà sur cette méthode et sur un modèle donné.

Choisissez l’OCDE 492B si…

  • le comportement de votre produit est inconnu ou incertain ;
  • vous savez déjà qu’il est probablement classé, et ce que vous cherchez, c’est la catégorie ;
  • vous devez étiqueter et devez donc trancher entre H318 et H319 ;
  • vous voulez éviter un second essai et sécuriser votre planning réglementaire ;
  • vous testez un mélange formulé complexe, semi-solide ou cireux.

La règle simple

Posez-vous une seule question : si le résultat est positif, aurai-je besoin de connaître la catégorie ?

Si la réponse est oui — ce qui est le cas dès qu’il faut étiqueter — partez directement sur la 492B. Enchaîner une 492 puis une méthode complémentaire coûte presque toujours plus cher, en argent comme en délai, que la 492B d’emblée.

Si vous êtes raisonnablement confiant dans l’absence de classification, la 492 reste la voie la plus rapide et la plus économique.

Trois erreurs fréquentes

Interpréter un résultat 492 positif comme « produit irritant »

C’est l’erreur la plus répandue, et elle se retrouve dans de nombreuses documentations techniques. Une viabilité sous le seuil signifie uniquement que le produit ne peut pas être écarté de la classification. Il peut relever de la catégorie 2, de la catégorie 1, ou se révéler non classé après un essai complémentaire. Écrire « viabilité < seuil = irritant oculaire » dans un rapport est une surinterprétation.

Croire que la 492B remplace la 492

Les deux lignes directrices coexistent et restent l’une et l’autre en vigueur. La 492B n’annule pas la 492 : elle couvre un besoin différent. Pour un criblage d’exclusion à grande échelle, la 492 garde tout son intérêt.

Négliger les interférences avec le test MTT

Un produit fortement coloré, ou capable de réduire spontanément le MTT, fausse la lecture de viabilité — dans les deux méthodes. C’est une limite connue, gérée par des contrôles supplémentaires prévus par les lignes directrices, mais elle doit être anticipée avant le lancement de l’étude, pas découverte à la lecture des résultats.

Où ces méthodes se situent dans la famille des essais oculaires?

L’irritation oculaire ne se résume pas à ces deux lignes directrices. L’OCDE en propose plusieurs, mobilisables selon la stratégie retenue :

  • OCDE 405 — effet irritant ou corrosif aigu sur les yeux, méthode in vivo historique, aujourd’hui très encadrée et interdite en cosmétique ;
  • OCDE 437 (BCOP) et OCDE 438 (ICE) — méthodes ex vivo sur cornées bovines et yeux de poulet, utilisées notamment pour identifier les catégorie 1 ;
  • OCDE 491 (STE) — essai d’exposition de courte durée sur cellules en culture ;
  • OCDE 492 et OCDE 492B — les deux méthodes RhCE comparées ici ;
  • OCDE 496 — méthode macromoléculaire in vitro.

Ces méthodes se combinent au sein d’une approche intégrée d’essais et d’évaluation (IATA), qui vise à conclure avec le minimum d’essais nécessaires. C’est là que le choix initial pèse le plus lourd : une stratégie bien construite évite deux à trois études inutiles sur un dossier complet.

Questions fréquentes

Existe-t-il une OCDE 492A ?

Non. Il n’existe que deux lignes directrices : l’OCDE 492 et l’OCDE 492B. Le suffixe « B » a été ajouté à la nouvelle méthode pour la distinguer de l’originale, sans renommer cette dernière.

L’OCDE 492B est-elle acceptée en Europe ?

Oui. Il s’agit d’une ligne directrice OCDE adoptée, reconnue au titre de l’acceptation mutuelle des données. Son utilisation dans un dossier réglementaire donné dépend de la réglementation applicable et de la stratégie d’évaluation retenue.

Peut-on tester un produit fini cosmétique ?

Oui, les deux méthodes couvrent les mélanges. La 492B est souvent préférable pour les formulations complexes, semi-solides ou cireuses, car elle conclut sans essai complémentaire.

Combien de temps faut-il prévoir ?

La phase expérimentale se compte en jours pour l’une comme pour l’autre. La vraie différence de délai apparaît en cas de résultat positif : la 492 impose alors une seconde étude, avec un nouveau planning et une nouvelle attente.

Faut-il encore réaliser un essai in vivo ?

En cosmétique, non : le règlement (CE) n° 1223/2009 l’interdit. Dans les autres secteurs, les méthodes in vitro sont privilégiées par les régulateurs, et l’in vivo ne subsiste que dans des situations résiduelles, dûment justifiées.

Faire réaliser vos essais avec YesWeLab

Le choix de la méthode se joue avant l’essai, pas après. Nous cadrons avec vous la stratégie la plus économique au regard de votre objectif réglementaire, puis nous mobilisons le laboratoire adapté au sein de notre réseau.

Découvrez nos deux fiches dédiées : OCDE 492 – Irritation oculaire in vitro (RhCE) et OCDE 492B – Identification des dangers oculaires, ou consultez l’ensemble de notre catalogue d’essais d’irritation oculaire.

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