Tests d’explosivité et d’inflammabilité des poudres : comprendre les analyses ATEX

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ATEX - explosivité poudres

Introduction

Les poudres et poussières combustibles représentent un risque ATEX majeur dans de nombreux secteurs industriels manipulant des matières pulvérulentes, qu’elles soient d’origine organique, minérale ou synthétique. Ce risque concerne notamment les industries agroalimentaires (farines, sucres, amidons, laits en poudre), cosmétiques et nutraceutiques (actifs, excipients, poudres végétales), pharmaceutiques, chimiques, ainsi que les secteurs des matériaux, polymères, plastiques, du bois, du métal, ou encore du recyclage et du traitement des déchets.

Contrairement aux gaz ou aux vapeurs inflammables, la dangerosité des poudres est souvent sous-estimée, en particulier lorsque les produits ne sont pas classés comme inflammables au sens du règlement CLP. Pourtant, lors d’opérations courantes telles que le broyage, le mélange, le séchage, le transfert pneumatique, le stockage en silo ou le conditionnement, des poussières fines peuvent se mettre en suspension et former des atmosphères explosives.

Les tests d’explosivité et d’inflammabilité des poudres permettent de caractériser précisément le comportement d’un matériau pulvérulent face au risque d’inflammation et d’explosion. Réalisés en laboratoire selon des protocoles normalisés, ces essais fournissent des données essentielles pour l’évaluation du risque ATEX, la définition des mesures de prévention, le zonage des installations et la sécurisation des procédés industriels tout au long du cycle de vie du produit.

Table des matières

Qu’est-ce qu’un risque ATEX lié aux poudres et poussières combustibles ?

Une atmosphère explosive (ATEX) correspond à un mélange avec l’air de substances inflammables ou combustibles sous forme de gaz, de vapeurs, de brouillards ou de poussières, dans des conditions atmosphériques normales. Dans le cas des poudres, le risque apparaît lorsque des particules fines sont mises en suspension et atteignent une concentration suffisante pour former un nuage explosible.

Contrairement à un incendie, l’explosion d’un nuage de poussières se caractérise par une combustion extrêmement rapide, générant une surpression brutale susceptible d’endommager les équipements et de mettre en danger les personnes. La sévérité d’une explosion dépend de plusieurs facteurs, notamment la nature chimique de la poudre, sa granulométrie, son humidité, ainsi que la présence de sources d’inflammation et d’un confinement.

 

Le risque ATEX lié aux poudres concerne de nombreux environnements industriels : zones de production, silos, installations de transfert, opérations de broyage, de mélange ou de conditionnement. Même des produits considérés comme inoffensifs à l’état massif peuvent devenir dangereux sous forme de poussières fines.

Pourquoi réaliser des tests d’explosivité et d’inflammabilité des poudres ?

Le risque d’explosion des poudres combustibles ne peut pas être évalué de manière fiable à partir de la seule nature chimique d’un produit ou de sa classification réglementaire. En pratique, le comportement explosif d’une poudre dépend fortement de ses caractéristiques physiques et des conditions de mise en œuvre industrielle. Les tests d’explosivité et d’inflammabilité permettent d’objectiver ce risque et d’éviter des approches théoriques souvent insuffisantes.

Une forte variabilité du risque selon les propriétés de la poudre

Le potentiel explosif et inflammable d’une poudre peut varier de manière significative en fonction de plusieurs paramètres clés.

La granulométrie joue un rôle déterminant. Plus les particules sont fines, plus leur surface spécifique est élevée, ce qui favorise les réactions de combustion. Une poudre grossière peut ainsi présenter un risque limité, tandis que la présence de fines ou de fractions poussiéreuses issues de l’usure, du broyage ou du transport peut suffire à créer une atmosphère explosible.

L’humidité influence également le comportement des poudres. Un taux d’humidité plus élevé peut, dans certains cas, réduire la mise en suspension des particules et limiter le risque d’inflammation. À l’inverse, un assèchement accidentel ou volontaire du produit (séchage, stockage prolongé, atmosphère sèche) peut accroître significativement le risque ATEX.

La formulation et la composition du produit sont enfin des facteurs essentiels. La présence d’additifs, de liants, de charges minérales ou de résidus de procédé peut modifier les propriétés d’explosivité et d’inflammabilité. Deux poudres chimiquement proches peuvent ainsi présenter des comportements très différents selon leur formulation ou leur origine industrielle.

Des enjeux majeurs de sécurité et de continuité industrielle

Les conséquences d’une explosion de poussières peuvent être particulièrement graves. Les tests d’explosivité et d’inflammabilité des poudres visent en premier lieu à assurer la sécurité des personnes, en réduisant le risque d’accidents graves ou mortels sur les sites industriels.

Ils sont également essentiels pour la protection des installations. La connaissance de paramètres tels que la violence potentielle d’une explosion ou la sensibilité à l’inflammation permet de dimensionner correctement les équipements, d’adapter les dispositifs de protection contre les explosions et de limiter les dommages matériels et les arrêts de production.

Enfin, ces essais s’inscrivent dans un cadre de conformité réglementaire. La réglementation ATEX impose aux exploitants d’identifier, d’évaluer et de maîtriser les risques d’explosion liés aux atmosphères explosives. Les résultats d’essais réalisés en laboratoire constituent des éléments objectifs indispensables pour le zonage ATEX, la rédaction du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et du document relatif à la protection contre les explosions (DRPCE).

Des secteurs industriels particulièrement concernés

Les analyses ATEX des poudres sont indispensables dans de nombreux secteurs manipulant des matières pulvérulentes combustibles. Elles concernent notamment l’agroalimentaire (farines, sucres, amidons, poudres laitières), la cosmétique et la nutraceutique (actifs, excipients, poudres végétales), l’industrie pharmaceutique, la chimie fine, ainsi que les domaines des polymères, plastiques et matériaux composites.

D’autres secteurs sont également fortement exposés, tels que la transformation du bois, le travail des métaux (poussières métalliques), ou encore le recyclage et le traitement des déchets, où la nature hétérogène et évolutive des poudres renforce la nécessité d’une caractérisation précise du risque ATEX.

ATEX - explosivité poudre

Tests d’explosivité des poudres : caractériser la violence d’une explosion

Les tests d’explosivité des poudres ont pour objectif d’évaluer la sévérité potentielle d’une explosion lorsqu’un nuage de poussières combustibles est mis en suspension et enflammé. Ils permettent de quantifier la violence du phénomène et d’anticiper ses conséquences sur les personnes, les équipements et les structures. Ces essais sont indispensables pour concevoir des installations sûres et définir des mesures de protection adaptées dans un contexte ATEX.

Classe St : classification de l’explosivité des poussières

La classe St est un indicateur synthétique utilisé pour classer les poussières combustibles selon leur potentiel explosif. Elle est déterminée à partir de la valeur du paramètre Kst et permet de distinguer plusieurs niveaux de sévérité :

  • St 0 : poussière non explosive

  • St 1 : explosion faible

  • St 2 : explosion modérée

  • St 3 : explosion forte

Cette classification est largement utilisée pour comparer les matériaux entre eux et pour orienter les choix de conception des installations industrielles. Toutefois, la classe St ne suffit pas à elle seule à caractériser le risque, car elle ne prend pas en compte l’ensemble des conditions de mise en œuvre ni la sensibilité à l’inflammation.

Kst : indice de déflagration des poudres

Le Kst est l’un des paramètres fondamentaux des analyses ATEX sur les poudres. Il correspond à un indice de déflagration qui traduit la vitesse maximale de montée en pression lors de l’explosion d’un nuage de poussières dans des conditions normalisées.

Plus la valeur du Kst est élevée, plus l’explosion est rapide et violente. Ce paramètre est utilisé pour classer les poussières en classes St et pour comparer la dangerosité relative de différents produits pulvérulents. Dans un contexte industriel, le Kst sert notamment à :

  • dimensionner les évents d’explosion,

  • choisir des systèmes de suppression ou d’isolation d’explosion,

  • évaluer les conséquences potentielles d’un accident.

Il est important de noter que le Kst dépend fortement de la granulométrie et de l’état physique de la poudre testée, ce qui justifie la réalisation d’essais représentatifs des conditions réelles de procédé.

Pmax : pression maximale d’explosion

La Pmax correspond à la pression maximale atteinte lors de l’explosion complète d’un nuage de poussières. Elle reflète la capacité de surpression générée par la combustion rapide du mélange poussière–air.

Ce paramètre est essentiel pour évaluer la résistance mécanique requise des équipements, enceintes, silos ou conduites susceptibles d’être exposés à une explosion interne. Une valeur élevée de Pmax indique un potentiel de dommages importants sur les structures, même en présence de dispositifs de protection.

La combinaison des valeurs de Pmax et de Kst permet d’obtenir une vision plus complète de la sévérité d’une explosion, en intégrant à la fois son intensité maximale et sa dynamique.

VMP : vitesse maximale de montée en pression

La vitesse maximale de montée en pression, parfois notée dP/dt max ou VMP, décrit la rapidité avec laquelle la pression augmente lors de l’explosion. Ce paramètre est directement lié à la violence du phénomène et à la capacité des systèmes de protection à réagir à temps.

Une montée en pression très rapide peut dépasser les capacités de réponse de certains dispositifs de sécurité, rendant leur efficacité limitée. La VMP est donc un paramètre clé pour la conception des protections contre les explosions et pour l’analyse des scénarios accidentels les plus sévères.

CMI / CME : concentration minimale d’explosion

La concentration minimale d’explosion, également appelée CMI ou CME, correspond à la plus faible concentration de poussières en suspension dans l’air à partir de laquelle une explosion peut se produire en présence d’une source d’inflammation.

Ce paramètre est particulièrement important pour l’évaluation du risque ATEX dans les zones où des poussières peuvent être émises de manière diffuse. Il permet d’identifier les conditions dans lesquelles un nuage de poussières devient dangereux et d’adapter les mesures de prévention, notamment en matière de ventilation, de captage des poussières et de nettoyage des installations.

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Tests d’inflammabilité des poudres : évaluer la sensibilité à l’inflammation

Contrairement aux tests d’explosivité, qui caractérisent la violence d’une explosion, les tests d’inflammabilité des poudres visent à évaluer la facilité avec laquelle une poudre peut s’enflammer en présence d’une source d’énergie. Ces essais sont essentiels pour comprendre à quel point une poudre est sensible aux sources d’inflammation courantes rencontrées dans les environnements industriels, telles que les étincelles électrostatiques, les surfaces chaudes ou les frottements mécaniques.

Une poudre peut présenter une explosivité modérée mais une très forte inflammabilité, ce qui augmente significativement le risque ATEX lors des opérations quotidiennes de manipulation, de transfert ou de stockage.

EMI : énergie minimale d’inflammation

L’énergie minimale d’inflammation (EMI) correspond à la plus faible énergie capable d’enflammer un nuage de poussières en suspension dans l’air. Elle est généralement exprimée en millijoules et permet d’évaluer la sensibilité d’une poudre aux étincelles électriques, notamment celles générées par des décharges électrostatiques.

Une valeur d’EMI faible indique qu’une très faible énergie suffit à déclencher l’inflammation, ce qui rend la poudre particulièrement dangereuse dans les environnements où des charges électrostatiques peuvent s’accumuler. Ce paramètre est déterminant pour :

  • l’évaluation des risques liés aux équipements non mis à la terre,

  • la gestion des opérations de transfert pneumatique ou mécanique,

  • la définition des mesures de prévention contre les décharges électrostatiques.

Les essais EMI sont donc indispensables pour adapter les procédures de mise à la terre, le choix des matériaux de contact et les conditions d’exploitation des installations.

TAI couche et TAI nuage : températures d’auto-inflammation

La température d’auto-inflammation (TAI) correspond à la température minimale à laquelle une poudre peut s’enflammer spontanément, sans apport direct de flamme ou d’étincelle. Elle est mesurée selon deux configurations distinctes, qui répondent à des situations industrielles différentes.

La TAI en nuage caractérise l’inflammation d’une poussière mise en suspension dans l’air au contact d’une atmosphère chaude. Elle est particulièrement pertinente pour évaluer le risque dans les zones où des nuages de poussières peuvent se former à proximité d’équipements chauffants ou de gaz chauds.

La TAI en couche concerne l’inflammation d’un dépôt de poudre reposant sur une surface chaude. Ce cas est fréquent dans les environnements industriels où des poussières s’accumulent sur des moteurs, des résistances, des échangeurs thermiques ou des parois chauffées. Une couche de poudre peut s’auto-échauffer progressivement jusqu’à atteindre une température critique et provoquer une inflammation, voire une explosion secondaire.

La distinction entre TAI couche et TAI nuage est essentielle pour définir des températures maximales admissibles pour les équipements et pour adapter les programmes de nettoyage et de maintenance.

Résistivité des poudres et risque électrostatique

La résistivité électrique des poudres est un paramètre clé dans l’évaluation du risque ATEX, car elle conditionne la capacité d’un matériau pulvérulent à accumuler et à dissiper des charges électrostatiques. Les poudres très résistives ont tendance à conserver les charges électriques, ce qui favorise la génération de décharges susceptibles d’enflammer un nuage de poussières.

La mesure de la résistivité permet d’identifier les situations à risque lors des opérations de manutention, de mélange ou de transport, en particulier lorsque des matériaux isolants sont impliqués. Ce paramètre est étroitement lié à l’EMI et contribue à la compréhension globale de la sensibilité à l’inflammation.

L’analyse de la résistivité des poudres aide ainsi à définir des stratégies de prévention adaptées, telles que la mise à la terre des équipements, le choix de matériaux conducteurs ou dissipatifs, et le contrôle des conditions environnementales.

ATEX - inflammabilité poudre

Influence de la taille des particules sur le risque ATEX

La taille des particules est un facteur déterminant dans le comportement explosif et inflammable des poudres. À composition chimique identique, une poudre fine peut présenter un risque ATEX nettement plus élevé qu’une poudre grossière, en raison de sa surface spécifique plus importante et de sa meilleure dispersion dans l’air.

Lorsque la granulométrie diminue, la surface de contact entre le combustible et l’oxygène augmente, ce qui favorise la rapidité de la combustion. Les particules fines se mettent également plus facilement en suspension, augmentant la probabilité de formation d’un nuage explosible atteignant la concentration minimale d’explosion. Ce phénomène est particulièrement critique dans les procédés générant des fines secondaires, comme le broyage, l’attrition, le transport pneumatique ou l’usure mécanique des matériaux.

La granulométrie influence directement plusieurs paramètres ATEX, notamment la valeur du Kst, la concentration minimale d’explosion et l’énergie minimale d’inflammation. Une variation de la distribution granulométrique, même limitée, peut ainsi modifier significativement le niveau de risque. C’est pourquoi l’analyse de la taille des particules doit être intégrée à toute démarche de caractérisation ATEX, afin de s’assurer que les essais réalisés sont représentatifs des conditions réelles de procédé.

Le rôle des essais ATEX en laboratoire dans la prévention du risque d’explosion​

Les essais ATEX réalisés en laboratoire constituent un outil central pour la prévention du risque d’explosion des poudres. Ils permettent de s’appuyer sur des données mesurées et reproductibles, plutôt que sur des hypothèses théoriques ou des classifications génériques souvent insuffisantes.

 

Les résultats des tests d’explosivité et d’inflammabilité sont utilisés pour alimenter l’analyse des risques, définir un zonage ATEX cohérent et adapter les mesures de prévention techniques et organisationnelles. Ils jouent un rôle clé dans la conception ou la modification des installations industrielles, le choix des équipements, la mise en place de dispositifs de protection contre les explosions et l’élaboration des procédures d’exploitation et de maintenance.

 

Ces essais sont également indispensables pour répondre aux exigences réglementaires, notamment dans le cadre de la rédaction du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et du document relatif à la protection contre les explosions (DRPCE). Ils permettent d’objectiver les décisions prises et de justifier les choix techniques auprès des autorités, des assureurs et des partenaires industriels.

Réaliser des tests d’explosivité et d’inflammabilité des poudres avec YesWeLab​

YesWeLab accompagne les industriels dans la réalisation et l’interprétation des analyses ATEX sur les poudres, en fonction de leurs procédés, de leurs contraintes réglementaires et de leurs objectifs de sécurité. Après un cadrage précis du besoin, YesWeLab sélectionne les essais les plus pertinents et s’appuie sur un réseau de laboratoires spécialisés disposant des équipements adaptés à la caractérisation des poussières combustibles.

L’accompagnement proposé ne se limite pas à la réalisation des essais. YesWeLab aide également à l’analyse des résultats, à leur mise en perspective avec les conditions réelles d’exploitation et à leur intégration dans une démarche globale de prévention du risque ATEX. Cette approche permet aux industriels de disposer d’éléments fiables pour sécuriser leurs installations, optimiser leurs procédés et garantir la conformité réglementaire.

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